An Pierlé : un piano, une voix, une église

Waiting for AnJeudi 17 octobre 2013. Quartier de Bouvy. La Louvière. Les deux clochers symétriques de l’église Saint-Antoine de Padoue se découpent dans le ciel voilé, baignés par une lune ronde et douce. Sur le parvis, quelques âmes vagabondent à la recherche de la lumière. L’édifice de style gothique accueille une hôte angélique ce soir. La chanteuse gantoise An Pierlé. Concert exceptionnel au coeur d’une étrange tournée des lieux de cultes qui passera encore par la Collégiale Saint-Vincent de Soignies, le 24 octobre prochain. Un piano. Une voix. Une église. Depuis quelques semaines, An Pierlé a choisi treize édifices religieux pour présenter ses deux nouveaux albums Strange Days et son petit frère Strange Ways.

Night and BlueLa silhouette est gracieuse, quasi diaphane, dans la brume éthérée qui s’élève dessous la scène improvisée au milieu du choeur. Tout de noir vêtue, hormis des talons vert pomme, assise sur un ballon translucide, An Pierlé affiche un sourire maternel, devant l’immense rideau blanc saupoudré de quelques rayons de couleur. On dirait un gigantesque dessin d’enfant dans lequel le public attend de prendre place, entre curiosité et excitation. Et puis soudain, la voix s’élève; entre douceur et légèreté, s’envole vers le ciel, glissant sous les arches, se lovant sur les vitraux de la superbe église Saint-Antoine de Padoue, dans le quartier de Bouvy, envahissant le choeur, pour rebondir sur les clefs de voûte courbées au-dessus de l’abside et redescendre sur les pèlerins réunis en nombre dans la nef centrale.

PadoueLa voix est sublime. Le son l’est tout autant. Les animateurs du Centre culturel régional du Centre se diront eux-mêmes surpris de l’acoustique. An, elle, goûte encore à l’écho produit par l’immensité de l’espace. «Chaque soir, c’est différent», dit-elle. «Il faut s’adapter à la présence des spectateurs. S’il y en a beaucoup ou s’il y en a peu, l’acoustique est modifiée. Ça commence à prendre forme, je vois cela aux réactions.» Il faut écrire que c’est l’an passé, à Gand, où elle a été nommée compositeur de la ville que lui est apparue cette prophétie. « Les églises sont des lieux qui se prêtent idéalement à l’introspection», note l’artiste. « Après 10 années à tourner en groupe (le White Velvet), j’avais besoin de revenir aux sources, d’expérimenter seule et de retravailler le piano. Cela se passe beaucoup mieux que je l’espérais. »

Une petite poseAn Pierlé joue avec son public. Blague sur sa fille et sa propension à détester la musique triste de sa maman. Annonce chaque morceau avec humour et garde un sourire bienveillant pour la salle, quand elle ne tente pas de réfréner un éternuement soudain, dans un éclat de rire. Elle est comme ça. Nature. Cash. On est un peu chez elle aussi. D’ailleurs, l’on ferme les yeux pour se transporter dans ses univers, de Strange Days à Mud Stories, en passant par House of Sleep, Winds, Heart of Winter. Elle raconte le coeur blessé dans Wounded Heart, avec des mélodies qui touchent et bouleversent. Comme cette sublime reprise de Such a Shame, le hit de Talk Talk. Comme cette terre meurtrie dans Wheather Chemistry dont le final, hallucinant de cordes pincées, nous emporte dans la tempête et les grondements.

An autograph Le public ne s’y est pas trompé. Transporté, il se lèvera pour applaudir cet ange de musicalité. Une choriste osera même quelques vocalises dans un duo improvisé visiblement apprécié par l’interprète, qui qualifiera ce concert de meilleure date de sa tournée. C’est une haie d’honneurs et un tonnerre d’applaudissements qui accompagneront An Pierlé vers le fond de la nef où elle signera ensuite pendant plus d’une heure, des autographes et distribuera ses oeuvres à la pelle. Tandis qu’elle offre un sourire encore à ses fans, anciens et nouveaux, ceux-ci s’éblouissent plus encore de sa gentillesse et de son accessibilité. Quatorze ans après ses premiers éveils musicaux, An Pierlé ouvre au public une nouvelle porte vers ses univers, en attendant d’autres, puisqu’elle planche aujourd’hui sur d’autres projets, notamment dans l’univers du cinéma. Une révélation à ne manquer sous aucun prétexte.

Texte et photos : Fab

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