C’est la faute à Bibi

Rosalie Bibi (29)Quel passant, arpentant la rue Warocqué, n’a pas eu un jour le regard attiré par l’incongrue vitrine du n°116 ? Habillée de briques jaunes, la façade ouvre une fenêtre sur le petit monde de Valérie Formery. Sous le pétulant pseudonyme de Rosalie Bibi, elle crée ses surprenants couvre-chefs. La Louviéroise possède plusieurs cordes à son arc. Ou plutôt… plusieurs casquettes. Celle de conservatrice au musée Ianchelevici de La Louvière. Et, pour ce qui nous intéresse aujourd’hui, celle de créatrice inspirée de chapeaux.

Après avoir suivi des études secondaires artistiques, la jeune femme change d’orientation et entame une formation plus théorique qui la conduit à rejoindre l’équipe du Musée situé Place Communale. Si son travail la passionne, elle regrette cependant de ne pouvoir y appliquer sa créativité. Valérie ressent le besoin de créer. Elle entreprend dès lors une formation de modiste aux Ateliers des Archers, à Binche. Elle s’y installe 5 ans.

Passé présent

Rosalie Bibi (1)C’est là, entre les patrons et les moules à chapeaux, que des souvenirs de sa tendre enfance la rattrapent. Elle retrouve les gestes qu’elle accomplissait petite fille, lorsqu’elle accompagnait, après l’école, sa grand-mère modiste chez Madame Gaby. Chapelière renommée dans le paysage louviérois, Madame Gaby tenait commerce au coin de la Place Mansart et de la rue des Amours. Pour passer le temps, Valérie, sage dans un coin de l’atelier, y reproduit les mouvements des deux femmes, sans présager une seconde qu’ils seront les prémices de sa future passion.

Après deux années de cours, l’élève Valérie réalise son premier «couvre-chef-d’œuvre». Un spectaculaire chapeau-manège aux accents baroques qui ouvrira la voie à des centaines d’autres créations, toutes uniques, innovantes, déroutantes. Telles ce chapeau-théière, qu’elle a infusé récemment.

Rosalie Bibi (21)Rosalie Bibi (9)

Derrière la vitrine improvisée, fermée d’un paravent à demi transparent, «Valésalie» – ou faut-il écrire «Rosalérie» ? l’on ne sait plus très bien, tant les deux se fondent, se confondent, se complètent et s’alimentent – nous accueille dans son atelier-cuisine. La jeune modiste a choisi d’installer machine à coudre, épingles, plumes, rubans, dentelles et autres tissus là, où, en d’autres temps, prennent places couverts et sets de tables. Nous entrons dans une parenthèse temporelle où l’esprit Belle Epoque fraternise avec la Modernité.

Rosalie Bibi (3)Valérie confie d’ailleurs sa prédilection pour le début du 20e siècle et le charme désuet de ces chapeaux cloches qui cachent les visages, mais dévoilent l’âme séductrice de leurs féminines propriétaires. Si elle regrette que nos rues d’aujourd’hui soient quelque peu dépourvues de têtes coiffées et «couronnées», elle rêverait d’organiser un bal louviérois où chacun et chacune pourrait donner libre cours à sa fantaisie. Un peu comme si l’on transportait La Louvière sur les pistes royales d’Ascot, où l’originalité de ses créations tiendraient assurément le haut du pavé. (pourraient en être le porte-drapeau).

Chapeau bas Rosalie !

Rosalie Bibi (4)

 

C’est autour de sa table ronde comme les bords de ses chapeaux que Valérie a répondu aux questions de La Louvière dynamique.

Rosalie Bibi (26)LLD : Pouvez-nous nous expliquer votre processus de création ?
V : Il est très variable, il faut savoir que les matières premières, c’est-à-dire le feutre, le sisal, la rabane, les plumes etc…ne se trouvent pas facilement. Je me fournis principalement à Anvers. Les moules à chapeaux sur lesquels je façonne mes modèles sont également des pièces rares. On peut, si l’on a un peu de chance, les trouver en brocantes mais ils sont souvent convertis en objets de décorations, presque trop beaux pour y piquer mes épingles. Je profite d’ailleurs de l’occasion pour lancer un appel à vos lecteurs qui disposeraient de moules à céder. Ensuite vient le temps, plus ou moins long, suivant les modèles, de la création même.

Rosalie Bibi (20)LLD :Suivez-vous la mode ?
V : Je me laisse inspirer par un tissu, une forme, une couleur mais je me refuse à suivre les diktats de la mode. Je travaille également sur commande. Pour l’instant, je confectionne des chapeaux qui seront portés le jour du carnaval par des femmes de gilles. Lorsque je voyage, je ne manque jamais de jeter un œil curieux sur le travail d’autres modistes. A Bruxelles, j’aime contempler les créations d’Elvis Pompilio.

LLD : Tout le monde peut-il porter un chapeau ?
V : Absolument, je ne pense pas qu’il y ait spécifiquement des têtes à chapeaux. Il suffit d’adapter la forme au visage de la personne ; de jouer sur les volumes et la hauteur afin de garder une belle harmonie. Je pense également qu’il est possible de tout reproduire en chapeau. Je me souviens que petite fille, ma grand-mère me confectionnait chaque année un costume de carnaval. L’un des plus beaux, fut la reproduction d’une bouteille de champagne dont le chapeau en était le bouchon.

Texte : Sandrine
Photos : Fab

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